Kamp

Hotel Modern

Avec beaucoup de justesse, les trois artistes du collectif Hotel Modern s’attellent à l’une des pages les plus douloureuses du XXème siècle et livrent une grande leçon d’histoire et d’humanité. Sur scène, des milliers de personnages miniatures faits d’argile, de résine et de fil de fer, des dizaines de baraquements en papier mâché. L’inscription « Arbeit macht frei » que l’on parvient à distinguer finit de poser le décor : une immense maquette en carton du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau reproduite dans ses moindres détails...

Avec les moyens du théâtre d’objets et une implacable méticulosité, les trois marionnettistes-manipulateurs animent personnages, objets et véhicules de ce monde miniature. Ils insufflent de la vie dans ce camp de la mort et, sans la moindre parole, restituent l’horreur du quotidien de la machine infernale nazie.

A l’aide de petites caméras, ils s’arrêtent sur une quantité de détails projetés ensuite sur grand écran : les barbelés, les miradors, les rails de chemin de fer, ici une assiette vide, là une valise tombée à terre. Rien n’est laissé au hasard. Le regard du spectateur glisse de l’infiniment petit à l’immensément grand, de ces protagonistes hauts de huit centimètres filmés de près à cette foule de déporté·es dans l’attente de l’innommable. Les quelque trois mille figurines, aussi bricolées soient-elles, semblent s’animer d’elles-mêmes. Leur visage à la bouche béante, comme hébété par l’effroi, est inspiré du célèbre Cri d’Edvard Munch. On jurerait presque les voir ressentir, éprouver et respirer.

Le coup de maître de cette compagnie néerlandaise est de s’être emparé d’un sujet aussi sensible en imaginant un dispositif scénique pour parvenir à dire l’indicible. Avec la marionnette, les artistes ont trouvé une forme de représentation à la fois proche et distanciée, abstraite et évocatrice. Ils/Elles portent un regard neuf sur le sujet et ne font rien d’autre que composer des images d’une force inouïe, avec un seul et unique objectif : ne pas oublier.

Pauline Kalker, Arlène Hoornweg et Herman Helle sont les têtes créatives du collectif Hotel Modern qu’ils ont fondé il y a plus de vingt ans. Leurs productions mêlent les arts plastiques et visuels aux arts de la scène. Avec Kamp, qui est présenté dans le monde entier depuis 2005, ils/elles proposent une pièce remarquable à laquelle chacune et chacun devrait pouvoir assister. Il y a comme une nécessité et une urgence à rappeler à quelle folie meurtrière la haine et la cruauté peuvent mener. La marionnette, comme on l’a rarement vue, devient vecteur d’Histoire avec un grand H et se met au service d’un travail de mémoire collective indispensable.

 

Biographie

Biographie Hotel Modern

Théâtre d'objets

dimanche | 9. juin 2019 20:00

lundi | 10. juin 2019 20:30

E Werk, Sarrebruck
60 Min, Rencontre à l'issu du spectacle  
Sans paroles
à partir de 10 ans
De et par Pauline Kalker, Arlène Hoornweg, Herman Helle
Création sonore Ruud van der Pluijm
Technique Alfred van der Meulen, Edwin van den Broek
Photos Hermann Helle, Leo van Velzen
Management et production Tineke Verheij

Avec le soutien de Performing Arts Fund NL / City of Rotterdam 
Remerciements aux survivant·es des camps Fien Benninga-Warendorf, Lenie Boeken-Velleman, Hans et Noemi Beckman qui ont accepté de partager leurs souvenirs